Ces problèmes, relativement simples en comparaison des problèmes insolubles, sont cependant générateurs de douleur entre un homme et sa femme. Ce n’est pas parce qu’un pro­blème est soluble qu’il sera forcément résolu. Lorsqu’un pro­blème mineur cause des tensions excessives, c’est parce que le couple ne possède pas de méthode efficace susceptible de le surmonter. Il n’est d’ailleurs pas facile de trouver son che­min parmi les nombreux manuels de psychologie où les théra­peutes se font les apologues de méthodes de résolution des conflits difficiles à maîtriser et à appliquer. La plupart de ces stratégies s’appuient sur la validation du point de vue du par­tenaire, et sur l’apprentissage de l’écoute active. Il n’y a rien de mal à cela — sauf que la plupart des gens n’y arrivent que rarement, et encore moins lorsqu’ils vont mal.
Ma loi permet de prendre les problèmes solubles directement à bras-le-corps. Elle offre une approche alterna­tive à la résolution des conflits, basée sur mon observation de la façon dont les couples émotionnellement intelligents gèrent leurs désaccords. Il s’agit essentiellement : 1) de s’assurer que l’on démarre la discussion en dou­ceur, 2) d’apprendre à utiliser efficacement les tentatives de rapprochement, 3) d’être attentif à ses réactions physiolo­giques durant la discussion afin de déceler les premiers signes de stress, 4) d’apprendre l’art du compromis et 5) d’être plus tolérant envers les imperfections de l’autre.
En suivant ces conseils, on se rend compte que les pro­blèmes solubles ne forment plus un obstacle au bonheur conjugal.

Comment distinguer les problèmes solubles des problèmes insolubles

Si vous et votre ex êtes pris dans un conflit récur­rent, il peut être difficile de savoir s’il s’agit d’un désaccord que l’on peut résoudre ou d’un problème permanent. Les premiers sont en général moins douloureux que les seconds, car les querelles qu’ils provoquent portent en général sur une situation ou un dilemme spécifique. La dispute n’est alimentée par aucun conflit sous-jacent.
Par exemple : Elena et Julia se sont rencontrés dans une agence matrimoniale à Paris. se plaignent toutes les deux de ce que leurs maris conduisent trop vite. Léonore et son mari, Dan, se disputent à ce sujet depuis des années. Il lui répète toujours la même chose — que sa réaction est exa­gérée. Il n’a jamais eu d’accident, lui rappelle-t-il, et il est loin d’être un conducteur agressif. Simplement, il ne se laisse pas faire. Elle lui répond qu’elle ne comprend pas pourquoi il ne peut pas modifier sa façon de conduire pour qu’elle ait moins peur en voiture. De surenchère en surenchère, Léonore se plaint de son égoïsme. Elle lui reproche son indifférence à l’idée qu’ils puissent finir leurs jours sur le bord d’un talus d’une route déserte… Le problème, selon Dan, est qu’elle n’a pas confiance en lui. Chaque fois qu’ils entament cette que­relle, ils se sentent encore plus blessés et frustrés et campent encore plus fortement sur leurs positions. Elle n’a pas confiance en lui, il est un monstre d’égoïsme. Pour Léonore et Dan, les excès de vitesse de ce dernier constituent un pro­blème permanent qu’ils ne résoudront jamais entièrement, parce qu’il symbolise un conflit beaucoup plus profond. Leur dispute porte en réalité sur des problèmes de confiance, de sécurité, d’égoïsme. Pour que leur éternelle querelle sur la façon de conduire ne détruise pas leur couple, ils devront comprendre le sens profond, le véritable enjeu de leur désac­cord. C’est seulement ainsi qu’ils parviendront à le gérer effi­cacement.
Pour Rachel et Jason, qui se chamaillent pour les mêmes raisons, il s’agit là d’un problème soluble. Tous les jours, ils font le trajet entre leur banlieue et le centre-ville où ils travail­lent l’un et l’autre. Elle trouve qu’il roule trop vite. Il répond qu’il y est obligé, parce qu’elle met trop de temps à se prépa­rer. S’il ne compense pas sa lenteur par un excès de vitesse, ils arriveront tous deux en retard au bureau. Rachel rétorque que si elle n’est pas prête à temps, c’est parce qu’il prend sa douche en premier et qu’il y passe une éternité. De plus, il ne range jamais après avoir pris son petit déjeuner. Pendant qu’elle débarrasse, il klaxonne pour qu’elle se dépêche. Chaque jour démarre avec des accusations réciproques sur le temps passé sous la douche et les corvées ménagères. Quand Jason dépose Rachel au travail, il s’est muré dans son silence et elle retient ses larmes.

Cette difficulté est soluble, tout d’abord parce qu’elle relève d’une situation spécifique — elle ne se produit que lors­qu’ils se rendent à leur travail, et ne se répercute pas sur d’autres aspects de leur vie. Contrairement à Léonore et Dan, ils ne se lancent pas d’insultes. Leur dispute ne porte pas sur sa méfiance à elle et son indifférence à lui, mais simplement sur leurs habitudes matinales respectives. En apprenant à dis­cuter plus efficacement du problème, ils pourraient aisément parvenir à un compromis. Ils pourraient abandonner leurs accusations mutuelles et établir un horaire leur permettant d’arriver au travail à l’heure tout en respectant les limitations de vitesse. Ne serait-ce qu’en se levant quinze minutes plus tôt, en laissant Eléonore passer la première sous la douche, ou Jason faire plus souvent la vaisselle.

Toutefois, s’ils ne parviennent à un compromis sur ce sujet, il est probable qu’ils éprouveront un ressentiment crois­sant l’un envers l’autre et se retrancheront de plus en plus profondément dans leurs positions. Leur conflit pourrait s’en­venimer et prendre une dimension symbolique plus impor­tante. Autrement dit, il pourrait se transformer en problème permanent bloqué. Ce qui peut signifier que cet échec, s’il est compris, sera un atout pour votre prochaine rencontre

Exemples de problèmes solubles et insolubles

Ci-dessous, j’ai décrit divers scénarios de conflit conjugal. Lesquels sont permanents, lesquels sont solubles ? À vous de le déterminer.

    1. Gaspard et Lynn ont passé un accord : c’est à lui de descendre les ordures tous les soirs après dîner. Mais ces der­niers temps, il est tellement pris par une échéance importante au bureau qu’il oublie de le faire. Soit Lynn descend les ordures elle-même, soit elles croupissent dans la cuisine. Le lendemain matin, l’appartement a des allures de décharge et Lynn est folle de rage.
    2. Lise voudrait passer moins de temps avec Joël et plus avec les amis de Joël et lui il se sent abandonné. Elle dit qu’elle a besoin de passer du temps loin de lui. Il lui semble très en demande, et elle se sent étouffée par lui.
    3. Elena, une femme russe, aimerait bien que Gary exprime son malaise autrement que par la bouderie. Mais dès qu’il essaie de lui dire ce qui le dérange en elle, elle critique la façon dont il aborde la question. Elle lui intime l’ordre de ne pas tout mélanger, ni de tout déballer à la fois. Gary, qui a beaucoup de mal à entamer ce genre de discussion, voudrait au moins être récompensé pour sa bonne volonté à le faire. Autrement dit, plutôt que de se faire critiquer par Elena sur sa façon de communiquer, il voudrait qu’elle lui dise qu’elle est désolée de l’avoir blessé.
    4. Hélène voit ses amies tous les lundi soir. Jonathan vou­drait prendre des cours de danse avec elle, mais le cours n’a lieu que le lundi soir. Hélène ne veut pas renoncer à ses sor­ties entre filles.
    5. Pénélope se plaint de Roger, qu’elle accuse de ne pas vouloir partager avec elle les soins du bébé. Roger prétend qu’il n’a rien contre le fait d’y participer, mais passer toute la journée au bureau l’empêche d’acquérir l’expérience néces­saire pour changer les couches, donner le bain, etc. D’autre part, chaque fois qu’il essaie de se rendre utile, par exemple en prenant le bébé quand il pleure, sa femme prétend qu’il fait tout de travers. Vexé, il finit par lui dire qu’elle n’a qu’à le faire elle-même.